Forclusion du moi

L’expression « forclusion du moi »  désigne la condition d’un sujet incapable de se constituer comme sujet désirant(1). Ce concept se réfère principalement aux patients souffrant de psychose. Le patient n’a pas une notion claire de son identité, ni du temps ni de l’espace, ni de la vie ni de la mort. Il doute de ses propres perceptions. Certains ignorent s’il sont mort ou vivant, d’autres s’imaginent vivre dans un siècle révolu. L’origine de ce trouble est peut-être organique (génétique ?). Des études, aujourd’hui controversées, ont donné à penser qu’il est le résultat d’une attitude maladroite, à la limite « psychotisante », de l’entourage. Cette attitude est caractérisée en effet par la répétition de propos contradictoires, chargés affectivement, provoquant le désarroi du patient en le mystifiant. On observe des situations similaires chez des personnes handicapées mentales, chez des prisonniers, des personnes incarcérées pour des motifs politiques. Mais si le moi est forclos, le sujet, le Je, n’est pas forclos : il garde sa dignité de sujet. L’homme reste, jusqu’à son dernier souffle, ouvert, avide, interpellable. Aucune circonstance, ni intérieure ni extérieure, ne peut annihiler le sujet tant qu’il est vivant. Antoine Vergote insiste : « Aucune puissance sauf la mort cérébrale n’aura le pouvoir de réellement aliéner cette personne à elle-même »(2). Mais pourquoi souligner cette distinction entre le moi et le Je ? Pour énoncer un postulat thérapeutique - et politique - important : on ne peut anéantir un Je, un sujet humain, tout comme on ne peut anéantir l’esprit d’un peuple. Thérapie et diplomatie partagent avec fermeté la même conviction. Une armée a pu détruire l’Empire, mais non l’esprit, par exemple, du peuple inca. Autre implication : toute affection psychiatrique est potentiellement réversible.

  1. 1. Jonckheere P. – La forclusion du moi, in : Concepts fondamentaux, op.cit, pp. 77 e.s. Paris, 2009.
    2. Vergote A. – Le cheminement de la parole, in : Sojcher (Ed) – L’humanité de l’Homme. Cercle d’Art, p. 54. Paris, 2001.