Phénoménologie du moi et phénoménologie relationnelle

Les recherches dénonçant une attitude maladroite de certains parents, remontent aux années 1949 - 1955. Elles sont dominées par les travaux d’auteurs anglo-saxons, tels quel Lidz à l’université de Yale (1949), Laing, Cooper et Esterson, au Royaume-Uni. On trouve dans les écrits de Harold Searles, psychanalyste américain, les expressions les plus tranchées. Searles décrit des attitudes « aptes à rendre
fou  » : «  L’enfant est confronté à un choix impossible : ou bien s’autonomiser et devenir soi-même au risque de perdre la relation symbiotique (à la limite, il devrait tuer ses parents physiquement ou psychologiquement) ou bien, préserver la symbiose, au point d’être lui-même psychologiquement détruit. Ne pouvant choisir ni l’une ni l’autre alternative, le sujet est acculé à une troisième issue : celle de la psychose »(1).

On constate de nos jours un étrange oubli de ces recherches. Certes, on leur a reproché, non sans raison, d’avoir été relatées en termes tranchés et passionnels. Ainsi, la psychiatrie du siècle dernier a-t-elle une lourde responsabilité d’avoir culpabilisé à outrance les parents de l’enfant psychotique. Actuellement on fait remarquer que d’autres facteurs, notamment génétiques, peuvent avoir un rôle prédominant. L’origine de la psychose serait pluri-déterminée. L’attitude des parents, éventuellement maladroite, n’est plus considérée comme directement psychotisante, elle résulterait de leur désarroi. Mais la thèse d’une attitude pathogène persiste dans l’inconscient collectif. Quant à la psychiatrie phénoménologique, elle a toujours privilégié les perturbations du moi. Elle ne nie pas l’influence éventuelle des parents, elle l’ignore. Il y aurait lieu de distinguer deux approches : la phénoménologie du moi et la phénoménologie relationnelle. La phénoménologie du moi étudie l’individu, la phénoménologie relationnelle, les interactions avec l’entourage et le milieu socio-culturel. En l’occurrence, en ce qui concerne le patient psychotique, il est capital que le thérapeute ait, dans chaque cas, quelques entretiens avec la famille - en lui réservant un préjugé favorable. Cette écoute est ressentie par la famille comme un précieux soutien dans sa lourde tâche et, inversement, ses informations et sa collaboration seront utiles pour le projet thérapeutique. Philippe van Meerbeeck, Responsable du Centre pour Adolescents (Cliniques universitaires Saint-Luc, Bruxelles) ajoute  : « Les parents sont les meilleurs co-thérapeutes ».

  1. 1. Searles H. - The effort to drive the other person crazy. Med. Psych. XXXII (1959).